Crédit photo : Christian Le Page
Rencontre Avec

Christian Le Page

Fondateur de Jaune de Chrome et de JL Coquet

Christian Le Page est un funambule. Il oscille entre ciel et terre, air et matière, offrant à la poterie un alliage subtil fait de beauté, d’utilité et d’éternité. Très tôt, ce versaillais quitte sa famille et se lance dans la vie. Ses débuts se font loin de la céramique : « mon premier travail, à 17 ans, était de maquiller les défunts ». « Drôle de vie », se souvient-il encore. « Quand on est si proche de la mort au quotidien, on ne peut pas rester le même dans la vie ».

Et pourtant, cette étape apportera la première touche de couleur au tableau de sa vie. En effet, cette expérience le pousse à peindre. « La peinture était une forme d’exutoire ; et puis j’avais ce contact avec la matière que j’aime tant ». Un critique d’art voit en ses travaux l’œuvre d’un homme âgé, expérimenté, alors qu’il n’a pas 20 ans. « Quand il m’a rencontré, il pensait découvrir un vieil homme. Ça l’a étonné de me voir si jeune, et moi, ça m’a déprimé » ; à tel point qu’il délaisse la peinture pour y revenir plus tard.

La période du service militaire marque le début de sa vocation. « Je participais à l’effort de guerre en faisant fondre de l’émail sur des pièces en cuivre pour la Maison des jeunes  (…) On fabriquait des pièces pleines de couleurs que l’on pouvait utiliser comme récipient ». Cela le fascine immédiatement, et le conduit vers la poterie.

Crédit photo : Centre France

Jaune de Chrome

Christian Le Page commence à tourner et à travailler le grès dans les années 80 et créé l’entreprise « Jaune de Chrome »,qui commercialise aujourd’hui des objets d’art à base de porcelaine pour les Arts de la Table, la salle de bain et la décoration d’intérieure. Il ouvre une première boutique rue de la Paix, avant de s’installer à Tivernon, en Beauce.  Avec « Jaune de Chrome », il impose et  propose une technique d’émaillage inédite, qui donne des reflets étonnants aux objets.

« JL Coquet » n’arrivera que bien plus tard, en 2007, lorsqu’il rachète l’entreprise. Son intérêt pour la matière ne cesse d’ailleurs jamais de grandir puisqu’il acquiert à la même époque une verrerie de Murano, à Venise.  « Je suis passionné depuis toujours par la transformation de la matière, grâce au temps, aux éléments».

De l’Art à l’usage

« A l’époque, la céramique d’art souffrait déjà d’une image figée et veillotte. Les contenants n’avaient finalement pas d’usage particulier et ne vivaient pas en dehors du fait d’être des pièces uniques. »

Face à ce constat, il se tourne alors vers l’assiette, vers le contenant, à la fin des années 80, laissant la céramique d’art de côté.  « On cherche à donner une valeur aux pièces, un usage, avec le travail des émaux ». Pendant 10 ans, il développe des gammes et créé des collections en partenariat avec des grandes Maisons.

Fort de ce succès mondial et grâce à de nombreuses rencontres, notamment celle avec le décorateur Christian Liaigre, « Jaune de Chrome » va évoluer vers l’univers des Arts de la Table. A ses côtés, il refait la décoration du restaurant « Troisgros », à Roanne. « Quand on travaille pour les plus grandes Maisons, on est des faiseurs, on disparait derrière ses créations ».

S’il ne parle pas de certaines collaborations, il en dévoile d’autres qui ont fait grandir son art et sa pratique. « Ma rencontre avec Takashimaya, à New York (…) puis celle avec Alain Ducasse ».  Il travaille aux côtés de ce dernier et réalise la vaisselle de tous ses restaurants, de Paris à New York, en passant par Londres et l’Ile Maurice.

Retour à l’enfance

Tout, dans la vie de Christian Le Page, semble le pousser à insuffler la vie, à la sublimer,  par la matière et les éléments. C’est peut-être aussi dans ses racines, son enfance, et auprès de ses ancêtres qu’on retrouvera les prémices de son Art. « Mon arrière-grand père était commercial pour Haviland. En tant que Capitaine de bateau à Nantes, il transportait de la porcelaine française aux Etats-Unis et de la porcelaine chinoise vers l’Europe. (…) Chez ma grand-mère limougeaude,j’avais toutes sortes de porcelaine sous les yeux. On prenait tous nos repas dedans ».

« Je veux faire des choses qui restent dans le temps »

Il aurait aimé écrire, raconter cette vie, « sauf que l’écriture, ce n’est pas vraiment mon truc ». Alors pour laisser une trace, il tourne encore aujourd’hui lui-même la plupart des pièces de ses collections. « Je veux faire des choses qui restent dans le temps. Et quand on fait bien les choses, elles restent dans le temps ».  Terre, eau, air, feu, tout ou presque, dans la vie de Christian est naissance, renaissance, ou souligne l’importance de faire honneur à la vie, de la marquer, pour la rendre plus vivante, éternelle.

Depuis 2014, « JL Coquet », Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) et « Jaune de Chrome », font partie du groupe Héritage Collection. Héritage Collection s’intéresse aux savoir-faire traditionnels français et européens et investit dans des entreprises d’excellence. 

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