Crédit photo : Atelier Buffile
Crédit photo : Atelier Buffile
Savoir-Faire

À table en Provence

A la découverte des arts de la table provençaux

Depuis toujours, la Provence est un carrefour de civilisations et de passage. Connue internationalement pour sa célèbre Côte d’Azur, cette région symbolise à elle seule un art de vivre caractéristique. A l’heure du “Slow-Food” et du retour aux sources, voici l’occasion d’une pause provençale dédiée aux arts de la table.

La Provence est d’abord une région singulière par son relief géographique, bercée sur sa partie méridionale par une côte méditerranéenne escarpée – la Côte d’Azur-, et protégée par la chaîne alpine sur le Nord et l’Est. Enfin, le Rhône fixe ses limites sur sa partie occidentale. Entre mer et montagne, la Provence rassemble plusieurs manufactures de renom, mais aussi un éventail d’artisans de qualité.

Crédit photo : Louis Sicard
Crédit photo : Louis Sicard

D’Aubagne à Aix

Le travail de la terre a toujours fait partie du quotidien et, de Bollène à Menton, en passant par Apt et Fréjus, les tours des potiers font partie du paysage. Certains de ces artisans ont grandi pour devenir des manufactures. C’est le cas de Louis Sicard, maître céramiste du 19e siècle qui avait charmé en son temps la reine Victoria, en visite dans la région.

Installés depuis 1890 à Aubagne, les descendants et repreneurs, en l’occurrence la famille Amy, ont développé un véritable savoir-faire, notamment dans les formes décoratives avec la cigale, emblème de la marque depuis sa création en 1895, et même devenu symbole de la Provence. D’autres compositions, comme les sardines ou le service Sicard, avec sa couleur jaune aubépine si caractéristique de la région pendant l’été, enrichissent le catalogue de la Maison.

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La couleur est aussi ce qui guide et motive la famille Buffile, installée à Aix-en -Provence depuis 1945. Cette famille de céramistes a ouvert un atelier de création à Aix, dans lequel trois générations se côtoient, chacun exprimant sa singularité, des grands-parents précurseurs à la Libération jusqu’à Romain, le petit-fils.

Au fil du temps, d’autres artisans sont passés par l’atelier, devenu un lieu d’exposition. Dans une veine tout aussi artistique, le potier Philippe Duriez propose des pièces aux tons acidulés, ou qui rappellent la pintade. Au total, ce sont une centaine de potiers et de tourneurs qui exercent leur art dans la région, et qui se sont associés sous l’appellation « Terre de Provence ».

Crédit photo : Faïencerie d'Apt

La faïence, tout feu, tout flamme

Un peu plus à l’Est, dans le haut-pays varois, le travail de l’argile fait aussi partie des traditions, avec une terre environnante de qualité, et un savoir-faire qui a su se transmettre. Certaines villes comme Salernes se sont spécialisées dans la tomette, les carreaux de terre cuite, ou encore le carrelage émaillé, s’adaptant aux besoins de la clientèle, mais toujours à base d’argile, la terre nourricière et d’origine.

D’autres se sont tournés vers la faïence, comme à Varages ou à Moustiers-Sainte-Marie. Installés dans la région depuis la fin du 17e siècle, et profitant de la proximité immédiate de l’Italie, les faïenciers ont trouvé dans ce coin du Var tout ce qu’il leur fallait pour créer des produits de qualité, à commencer par une terre d’argile suffisamment riche en calcaire pour ne pas craquer. Sans oublier le bois et l’eau, autres éléments nécessaires…

De la même façon, c’est au 18e siècle que la faïence d’Apt, reconnue pour sa finesse, va connaître son âge d’or en inventant la marbrure aptésienne. Aujourd’hui encore, les techniques de mélanges et les couleurs inspirées des argiles et colorants naturels du pays d’Apt restent les mêmes, et ils sont plus d’une dizaine de faïenciers à produire ces terres flammées si singulières.

Verrerie Biot
Crédit photo : Verrerie Biot

Picasso céramiste, l’âge d’or de Vallauris

En Provence, la céramique a son musée et il se trouve à Vallauris, au sein du château situé dans la ville. C’est là que le célèbre peintre Picasso, s’essaye à la céramique entre 1948 et 1955, suite à sa rencontre avec le couple de céramistes Suzanne Douly et Georges Ramié, créateurs de l’atelier Mardoura. Pendant cette période, mais aussi par la suite, le peintre va produire 4000 œuvres, dont certaines à plusieurs exemplaires. Un sujet de collection très recherché aujourd’hui dans les salles de ventes. Vallauris n’a pas oublié, loin s’en faut, le peintre et elle l’a nommé Citoyen d’honneur de la ville, symbole d’un âge d’or, les années 1950, dont les traces sont entretenues et protégées.

Orfèvrerie Baudino
Crédit photo : Orfèvrerie Baudino

Orfèvrerie et verrerie d’exception

A quelques kilomètres de Vallauris, un peu plus à l’est, se trouvent la ville de Biot et la verrerie du même nom. Entreprise du patrimoine vivant, le label qui met en avant les entreprises au savoir-faire original et spécifique, la Verrerie Biot a développé un style particulier avec ce verre bullé. En effet, l’entreprise familiale a appris à maîtriser la bulle, en l’enfermant entre deux couches de verre, et faire ainsi d’un défaut une signature.

Enfin, ce tour provençal se conclut à Nice, où se trouvent les locaux de l’orfèvre Baudino. Eminente spécialiste des arts de la table, fournisseuse du plateau du Bocuse d’or, la société collabore avec les grands chefs et les grands hôtels de la Riviera, qui n’en manque pas.

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